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La médecine tibétaine, ainsi que la médecine chinoise, est un volet du patrimoine médical mondial.
Elle n'a connu un développement rapide que ces 40 dernières années. Avant sa Libération pacifique en 1951, le Tibet possédait seulement deux établissements médicaux, Mantsikhang (institut de médecine et d'astrologie) et Chakpori Zhopanling (hospice), avec un effectif total de 50 personnes dont une dizaine de médecins et une consultation journalière de 30 à 50 patients, dont des nobles, seigneurs et grands lamas pour la plupart.
Les instruments médicaux de la médecine tibétaine
Depuis 1959, le gouvernement central a consacré 800 millions de yuans (100 millions de dollars) à la médecine tibétaine. Le nombre des établissements spécialisés dans la médecine traditionnelle s'est élevé à 14. Et les 60 hôpitaux de district ont chacun le service de médecine tibétaine. En 1999, on comptait 1 071 spécialistes en médecine traditionnelle (contre 434 en 1959), dont 61 médecins-chefs et 166 médecins traitants.
L'Hôpital de Médecine Tibétaine à Lhasa, né de la fusion de Mantsikhang et de Chakpori Zhopanling, est le plus grand de ce genre du Tibet, avec une surface bâtie de plus de 100 000 m², un total de 250 lits et un effectif de 438 personnes dont 290 médecins et infirmiers. Il reçoit 230 000 patients par an. L'hôpital comprend une vingtaine de services de consultation (la médecine générale, la chirurgie, la gynécologie, l'obstétrique, les tumeurs, les maladies gastriques et intestinales, la pédiatrie, la prévention médicale, la protection de la santé, la stomatologie, l'ophtalmologie), des services de traitement (la radiothérapie, l'échographie, l'électrocardiographie et la gastroscopie), un service d'hospitalisation, un laboratoire pharmaceutique, un institut de recherche de la médecine tibétaine et un institut d'astrologie. En plus du traitement traditionnel, l'hôpital adopte aussi un traitement combinant les médecines tibétaine et occidentale.
L'étude du patrimoine médical traditionnel a porté aussi des fruits. 32 ouvrages médicaux ont été publiés ou réédités, tels que « les Quatre Classiques médicaux » (en tibétain et en chinois), le « Vernis bleu », la « Collection complète de tableaux des Quatre Classiques médicaux », la « Diagnose de la médecine tibétaine », la « Nouvelle Pharmacie tibétaine » et la « Biographie de fameux médecins tibétains».
Les quatre Classiques médicaux
Depuis sa fondation en 1990, l'Institut de Médecine traditionnelle du Tibet a formé 615 médecins et pharmaciens.
La fabrication de la pharmacie tibétaine est standardisée selon les normes scientifiques, au lieu d'être manuelle comme dans le passé. La pratique clinique atteste que certains médicaments tibétains sont bien opérants sur des maladies difficiles à guérir. Par exemple, le taux de guérison de la gastrite atrophique chronique a atteint 73%.
Le Tibet compte une dizaine de fabriques de produits pharmaceutiques.
La médecine tibétaine a attiré l'attention du milieu médical mondial. La région accueille chaque année un nombre de chercheurs étrangers en voyage d'étude, et des étudiants étrangers s'y rendent pour étudier la médecine tibétaine.
L’avenir de la médecine et de la pharmacologie tibétaines
Ces dernières années, la méthode de diagnostic de la médecine tibétaine, l’application de la préparation des médicaments traditionnels tibétains et le succès dans la guérison de certaines maladies complexes et difficiles ont attiré une attention croissante au pays comme à l’étranger.
La visite à l’Hôpital tibétain de la région autonome du Tibet, qui est l’un des cent hôpitaux-pilotes du pays m’a permis de découvrir la médecine et la pharmacologie tibétaines prodigieuses.
Le matin, vers 9 h, le docteur Cering Norbu commence sa tournée de routine des salles de malades. Devant le lit d’un patient, il prend un échantillon d’urine, l’observe attentivement, le flaire puis le remue avec un petit bâton. « L’urine de ce malade est de couleur pâle avec des mousses fines, ce qui signifie qu’il a une maladie fébrile », me dit-il. Et d’ajouter : « Son urine ne contient pas de sédiments ni objets flottants, cela montre que sa maladie n’est pas grave. »
Dans la médecine tibétaine, il existe des règles strictes pour prélever l’échantillon d’urine. L’urine de la première moitié de la nuit, qui dépend des aliments, n’a pas de valeur de diagnostic. On en prélève en général dans la deuxième moitié de la nuit ou le matin. Lors du diagnostic, on voit d’abord la couleur, ensuite remue pour observer les mousses ; puis on flaire et voit s’il y a des sédiments. Cela diffère beaucoup des analyses de la médecine moderne.
Le diagnostic de l’urine susmentionné fait partie de nombreuses méthodes de diagnostic de la médecine tibétaine. En effet, en ce qui concerne ces méthodes, la médecine tibétaine ressemble à la médecine chinoise traditionnelle. À la clinique des spécialistes, j’ai rencontré Garma Qoipe, qui était le médecin personnel du Xe Panchen Erdini. Il est en train d’examiner un rhumatisant articulaire. Après avoir écouté la présentation du patient, il observe attentivement la pellicule recouvrant sa langue et tâte son pouls. « La médecine tibétaine a trois méthodes de diagnostic : poser des questions, observer les symptômes et prendre le pouls », explique-t-il. « L’observation consiste à observer l’air du visage et la langue du malade ; les questions comprennent la date de maladie et de maux. Cette patiente est une bonne, atteinte de rhumatisme articulaire du fait qu’elle lave souvent des vêtements à l’eau froide. Sa maladie pourrait devenir de l’arthrite rhumatoïde. L’observation de la pellicule recouvrant la langue fait partie du diagnostic. Il faut le faire pour toutes les maladies, parce que cela permet de connaître l’état de l’estomac, ce qui favorise la préparation de médicaments. Pour ce cas rhumatismal, si l’on donne des médicaments sans l’observation de la langue, l’estomac de la malade pourrait être affecté. »
D’une histoire de 2 300 ans, la médecine et la pharmacologie tibétaines font le bilan de l’expérience de la nation tibétaine qui lutte contre la maladie sur le plateau Qinghai-Tibet, à l’altitude la plus haute du monde, absorbent la quintessence de la médecine chinoise traditionnelle et de celle d’autres pays dont l’Inde, le Népal et le Sri Lanka, formant ainsi un système théorique complet.
Zhamdu, directeur de l’hôpital de Médecine tibétaine de la région autonome du Tibet, dit : « On compte des dizaines de milliers de préparations médicales, qui sont généralement des médicaments préparés composés, pas une simple tablette à avaler. Les composants vont de deux ou trois à plus de cent. Le médicament d’un seul élément a des effets thérapeutiques rapides, mais accompagnés d’effets secondaires. La médecine tibétaine accorde donc de l’importance à la préparation composée pour soigner le malade et en même temps diminuer les effets secondaires. Les médicaments de la médecine tibétaine et de la médecine chinoise traditionnelle viennent tous de plantes, d’animaux et de minerais ; certains médicaments ont le même nom, mais la destination thérapeutique est toute différente. Par ailleurs, certaines plantes médicinales ne poussent que sur le plateau du Qinghai-Tibet et sont utilisées uniquement par la médecine tibétaine. »
L’Hôpital de médecine tibétaine s’appelait à l’origine Mainzekang, c’est-à-dire Institut du calcul mental de la médecine tibétaine, construit en 1916 et mettant l’accent sur l’enseignement. Né dans une famille de médecins, Zhamdu est entré au Mainzekang à l’âge de 12 ans avec son oncle, pour y faire ses études. Pendant des dizaines d’années, il y est resté pour travailler.
Du Mainzekang à l’hôpital de Médecine tibétaine, Zhamdu est le témoin du développement de la médecine et de la pharmacologie tibétaines. L’hôpital, qui n’était qu’un institut de 1 000 m2, avec moins de 100 étudiants il y a 40 ans, possède actuellement des bâtiments de 40 000 m2, quatorze services cliniques et de recherche, un laboratoire pharmaceutique de médecine tibétaine, et un effectif de 450 personnes. Ces dernières années, l’hôpital a développé surtout la consultation pour maladies cardio-vasculaires, la gastro-entérologie et les maladies du foie. Le médicament tibétain a de bons effets thérapeutiques pour la gastrite chronique et la cirrhose hépatique en période initiale. La pilule appelée « perle » à soixante-dix éléments est bien efficace pour les maladies cardio-vasculaires et du système neural, surtout pour l’hémiplégie. Après la prise de ce médicament, certains patients qui devaient subir une opération chirurgicale peuvent l’éviter. De nombreux patients des autres régions du pays écrivent à cet hôpital pour demander des médicaments. Des hôpitaux de Chengdu, de Beijing et de Guangzhou lui demandent d’ouvrir des cliniques chez eux, et des étrangers l’invitent à procéder à des échanges scientifiques.
Actuellement, l’hôpital de Médecine tibétaine a ouvert un service de consultation à Chengdu. Il a envoyé des représentants dans cinq pays d’Amérique latine répondant à une invitation. Leurs rapports scientifiques ont suscité un large intérêt dans ces pays. Le directeur Zhamdu accorde une très grande importance au développement de la médecine et de la pharmacologie tibétaines dont la recherche sur la théorie fondamentale et la formation professionnelle. Confiant en l’avenir, Zhamdu note : « Dans l’ensemble du monde, on attache de plus en plus d’importance à la médecine traditionnelle. L’État tient pleinement compte de la médecine chinoise traditionnelle, y compris les médecines tibétaine, ouïgoure et mongole, et considère la médecine et la pharmacologie tibétaines comme l’un des pôles de croissance de l’économie locale du Tibet. De plus en plus nombreux sont ceux qui s’intéressent à la médecine tibétaine et au développement de la pharmacologie tibétaine, et soutiennent l’étude. Je pense que le XXIe siècle sera une période de grand développement de la médecine traditionnelle, dont la médecine tibétaine.
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